Évaluer l’ancrage réel et la capacité de diffusion des fictions

Le Reality Rating Level (RRL) et le Scalability Rating Level (SRL)
Auteur : Denis Giraudon
Date : 10 juillet 2026

Le Reality Rating Level (RRL) et le Scalability Rating Level (SRL)

Abstract

Le **Reality Rating Level (RRL)** et le **Scalability Rating Level (SRL)** sont deux indices conçus pour évaluer, sur des cas précis, le degré d’ancrage réel et la capacité de diffusion d’un mécanisme fictionnel. Le RRL mesure l’existence de briques déjà observables, leur proximité avec la fiction et les conditions qui peuvent accélérer leur normalisation. Le SRL mesure la capacité de ce mécanisme à se répliquer, à se standardiser et à changer d’échelle. Ces indices ne visent ni à prédire l’avenir ni à mesurer une simple plausibilité spéculative ; ils servent à structurer une enquête sur des mécanismes socio-techniques déjà partiellement observables. Leur usage suppose une unité d’analyse précise, des preuves explicites, l’identification de freins et de contre-forces, ainsi qu’un niveau de confiance associé à chaque évaluation. Cette proposition s’inscrit dans une double perspective : d’une part, le développement d’un agent conversationnel capable d’assister l’analyse ; d’autre part, la conception d’ateliers fondés sur des cartes physiques ou numériques permettant de manipuler collectivement les mécanismes étudiés.

Sommaire

  1. Introduction et contexte
  2. Définition
  3. Problématique
  4. Positionnement dans la famille des RL
  5. Principes d’évaluation
  6. Méthodologie d’enquête
  7. RRL : Reality Rating Level
  8. SRL : Scalability Rating Level
  9. Réversibilité du SRL et dynamiques de renversement
  10. Freins, verrous et niveau de confiance
  11. Fiche standard d’analyse
  12. Lecture croisée RRL / SRL / MRL
  13. Usages : agent conversationnel et ateliers
  14. Limites et discussion
  15. Références minimales
  16. Formules courtes

1. Introduction et contexte

Les pratiques de design fiction et de design spéculatif produisent des récits, objets et situations permettant d’explorer des futurs plausibles, de rendre visibles des tendances émergentes et d’ouvrir des discussions critiques sur les trajectoires technologiques, sociales ou politiques. Cependant, ces pratiques rencontrent une difficulté récurrente : comment discuter rigoureusement de la part de réel déjà présente dans une fiction, et de la vitesse avec laquelle certains de ses mécanismes pourraient se diffuser ?

Dans de nombreux cas, la fiction convainc par sa puissance narrative sans fournir d’outil stable pour distinguer ce qui relève de l’invention pure, de la recombinaison de fragments existants, ou d’une dynamique déjà en cours de généralisation. À l’inverse, les approches fondées sur des indices de maturité — par exemple le TRL, le HRL ou le MRL — restent souvent centrées sur des produits, des technologies ou des marchés, sans décrire adéquatement la manière dont des dispositifs socio-techniques, contractuels, institutionnels ou culturels se normalisent.

Le RRL et le SRL sont proposés pour répondre à cette zone intermédiaire. Ils visent à produire un cadre d’analyse permettant de relier un mécanisme fictionnel à des éléments observables du réel, tout en évaluant sa capacité à changer d’échelle. Dans cette perspective, la fiction n’est pas pensée comme l’opposé du réel, mais comme une méthode de recomposition critique permettant d’observer ce qui est déjà partiellement là, ce qui peut se propager, et ce qui résiste encore.

2. Définition

Le **Reality Rating Level (RRL)** est un indice qui mesure le degré d’ancrage réel d’un mécanisme fictionnel. Il évalue l’existence de briques déjà observables, leur proximité avec la fiction et les conditions qui peuvent accélérer leur normalisation.

Le **Scalability Rating Level (SRL)** est un indice qui mesure la capacité structurelle de ce mécanisme à se diffuser une fois qu’il existe. Il évalue sa modularité, son coût marginal de réplication, sa dépendance à des infrastructures existantes, sa standardisation juridique ou contractuelle et son acceptabilité sociale.

L’unité d’analyse n’est jamais une ambiance générale, une peur diffuse ou un thème abstrait. Elle est toujours un **mécanisme socio-technique précis**, défini par des acteurs, un support, une population cible et un contexte d’application.

3. Problématique

La question centrale de cette proposition est la suivante : **comment évaluer l’ancrage réel et la capacité de diffusion de mécanismes fictionnels, de manière suffisamment structurée pour être à la fois exploitable par un agent conversationnel d’assistance à l’analyse, et mobilisable dans des ateliers sous forme de cartes physiques ou numériques ?**

Cette problématique implique plusieurs exigences. D’une part, l’outil doit être suffisamment explicite pour qu’un agent conversationnel puisse aider à documenter un mécanisme, suggérer des pistes de scoring, signaler des freins ou formuler des questions de contrôle, sans pour autant remplacer le jugement humain. D’autre part, l’outil doit être suffisamment simple et lisible pour être utilisé dans des ateliers collectifs où les participants manipulent des mécanismes, discutent des scores, comparent leurs hypothèses et identifient des points de bascule.

L’enjeu est donc double : éviter que l’IA renforce des intuitions spéculatives insuffisamment fondées, et éviter qu’un dispositif pédagogique simplifie excessivement des dynamiques systémiques complexes. Le RRL et le SRL cherchent à occuper cet espace intermédiaire entre enquête, médiation et discussion critique.

4. Positionnement dans la famille des RL

IndiceNomFonction
TRLTechnology Readiness LevelMaturité technologique
HRLHuman Readiness LevelMaturité humaine, adoption, facteurs humains
BRLBusiness Readiness LevelMaturité business
MRLMarket Readiness LevelMaturité marché
RRLReality Rating LevelDegré d’ancrage dans le réel
SRLScalability Rating LevelCapacité de propagation / changement d’échelle

Le RRL et le SRL ne remplacent pas ces indices. Ils les complètent.

  • Le **RRL** mesure ce qui existe déjà et à quel degré.
  • Le **SRL** mesure ce qui peut se diffuser et à quelle vitesse structurelle.
  • Le **MRL** peut compléter l’analyse en indiquant ce que le marché est prêt à absorber.

5. Principes d’évaluation

5.1. Ce que l’outil mesure

L’outil mesure des mécanismes déjà partiellement observables dans le réel, qu’une fiction permet de recomposer, de radicaliser ou de rendre plus visibles.

5.2. Ce que l’outil ne mesure pas

L’outil ne mesure ni une probabilité d’occurrence, ni une prophétie, ni une simple plausibilité narrative. Il ne produit pas de prédiction.

5.3. Règles d’usage

  1. Toujours noter un mécanisme précis, jamais un thème général.
  2. Toujours justifier chaque score par des éléments observables.
  3. En cas d’incertitude, retenir le score inférieur.
  4. Toujours documenter les freins et contre-forces.
  5. Toujours indiquer un niveau de confiance de l’évaluation.
  6. Toujours préciser le contexte géographique, politique et institutionnel.

5.4. Unité minimale d’analyse

Chaque mécanisme analysé doit être défini par :

  • des acteurs identifiables ;
  • un support (technique, juridique, économique, organisationnel) ;
  • une population cible ;
  • un territoire, un secteur ou un espace d’application.

6. Méthodologie d’enquête

6.1. Processus général

L’évaluation d’un mécanisme suit six étapes :

  1. définition du mécanisme ;
  2. collecte des sources ;
  3. première proposition de scoring ;
  4. discussion et ajustement ;
  5. documentation des freins et contre-forces ;
  6. attribution d’un niveau de confiance.

6.2. Rôle de l’agent conversationnel

Dans cette méthodologie, un agent conversationnel — par exemple configuré dans Claude — peut jouer un rôle d’assistance à l’enquête. Il peut aider à reformuler l’unité d’analyse, proposer une liste de sources à documenter, générer une première fiche RRL/SRL, proposer des hypothèses de scoring, signaler des freins possibles et produire des variantes de formulation pour les cartes d’atelier.

L’agent ne valide pas les scores. Il ne remplace pas l’évaluateur. Il structure, accélère et explicite le raisonnement, mais la décision finale reste humaine.

6.3. Sources mobilisables

Selon les cas, l’analyse peut s’appuyer sur :

  • des rapports publics ;
  • des études académiques ;
  • des articles de presse longs ;
  • des décisions réglementaires ;
  • des cas documentés ;
  • des corpus internes, si leur statut est explicité.

6.4. Désaccords et stabilisation des scores

Lorsque cela est possible, il est recommandé de faire évaluer un même mécanisme par au moins deux personnes, puis de discuter les écarts. En cas de désaccord persistant, l’évaluation conserve le score le plus prudent et indique un niveau de confiance réduit.

7. RRL : Reality Rating Level

7.1. Définition

Le RRL mesure le degré d’ancrage réel d’un mécanisme fictionnel. Il répond à trois questions : qu’est-ce qui existe déjà, à quel point cela ressemble à la fiction, et si le contexte rend une bascule plus probable ou plus rapide.

Le RRL est un indice d’ancrage, pas de prédiction.

7.2. Structure du RRL

DimensionPoidsRôle
Base réelle50 %Ce qui existe déjà
Proximité fiction / réalité30 %À quel point le réel ressemble à la fiction
Conditions de bascule20 %Ce qui peut accélérer le passage vers la forme fictionnelle

7.3. Formule du RRL

Formule principale
Reality Rating Level (RRL)
RRL brut = [((Base réelle × 0,5) + (Proximité × 0,3) + (Bascule × 0,2))] × 2
Chaque sous-score est noté sur 5 ; le résultat final est exprimé sur 10.

Chaque sous-score est noté sur 5. Le résultat final est exprimé sur 10.

7.4. Échelles de notation RRL

#### Dimension 1 — Base réelle

ScoreNiveauDescription
0Aucune base réellePure invention narrative
1ThéorieConcept discuté, spéculation, anticipation
2Signaux faiblesFragments réels dispersés
3Sujet public / prototypesDébats, rapports, prototypes, controverses
4Expérimentations / cas réelsTests, déploiements limités, premières applications
5Réalité installéePratique déjà opérationnelle et observable

#### Dimension 2 — Proximité fiction / réalité

ScoreNiveauDescription
0Aucun rapport directLa fiction est sans équivalent réel
1Parenté thématiqueMême peur, mais mécanisme très différent
2Même logique, autre formeLogique similaire, incarnation différente
3Plusieurs mécanismes similairesLa fiction recombine des éléments existants
4Très procheÉcart limité entre réel et fiction
5Quasi identiqueLa fiction décrit presque le réel existant

#### Dimension 3 — Conditions de bascule

Familles de contexte à examiner : politique, géopolitique, économique, structurel, climatique, sociétal.

ScoreNiveauDescription
0Très défavorableNombreux blocages
1DéfavorablePeu de conditions favorables
2AmbivalentConditions mélangées
3FavorablePlusieurs moteurs existent
4Très favorableLe contexte pousse clairement dans cette direction
5Accélérateur majeurLe contexte rend la bascule très probable ou très rapide

7.5. Règle de plafond du RRL

Base réelleRRL maximum
02
14
26
38
49
510

Le RRL final est le minimum entre le RRL brut et ce plafond.

7.6. Labels RRL

RRLLabelSens
0Fiction pureInvention sans base réelle
1Spéculation faibleImaginaire possible mais peu ancré
2Spéculation documentéeQuelques références conceptuelles
3Signal faibleFragments réels dispersés
4Tendance faibleSujet visible mais marginal
5Pré-réalitéProjets, prototypes, controverses
6Réalité localeCas réels limités
7Réalité sectorielleInstallé dans un secteur ou un pays
8Réalité transnationalePlusieurs régions ou domaines concernés
9Réalité mondiale émergenteStructurant mais inégalement réparti
10Réalité systémiqueDéjà intégré au fonctionnement du monde

8. SRL : Scalability Rating Level

8.1. Définition

Le SRL mesure la capacité structurelle d’un mécanisme à se propager une fois qu’il existe.

La scalabilité n’est pas une simple potentialité. La potentialité dit : cela pourrait arriver. La scalabilité dit : cela peut être répliqué parce que sa forme même le permet.

Le SRL mesure donc la contagiosité structurelle d’un mécanisme. Il s’agit d’une mesure de structure, non d’une mesure d’intention.

8.2. Pourquoi le SRL est distinct du RRL

Un phénomène peut être très réel mais peu scalable. À l’inverse, un phénomène peut être encore partiellement réel mais très scalable. Le RRL mesure donc la réalité actuelle. Le SRL mesure la facilité de propagation.

8.3. Structure du SRL

DimensionQuestion
ModularitéLe mécanisme peut-il être découpé en modules réutilisables ?
Coût marginal de réplicationUne fois créé, combien coûte le déploiement ailleurs ?
Dépendance aux infrastructures existantesPeut-il se brancher sur ce qui existe déjà ?
Standardisation juridique / contractuellePeut-il être reproduit par contrat, norme ou procédure ?
Acceptabilité socialeLes usagers l’adoptent-ils facilement ?

8.4. Formule du SRL

Formule principale
Scalability Rating Level (SRL)
SRL brut = [((Modularité + Coût marginal + Infrastructure + Standardisation + Acceptabilité) / 5)] × 2
Chaque sous-score est noté sur 5 ; le résultat final est exprimé sur 10.

Chaque sous-score est noté sur 5. Le résultat final est exprimé sur 10.

8.5. Échelles de notation SRL

#### Modularité

ScoreDescription
0Totalement spécifique
1Très dépendant d’un contexte unique
2Réplicable avec forte adaptation
3Réplicable en partie
4Modulaire et transférable
5Format standard, plug-and-play

#### Coût marginal de réplication

ScoreDescription
0Coût énorme à chaque réplication
1Très coûteux
2Coût important
3Coût modéré
4Coût faible
5Coût quasi nul

#### Dépendance aux infrastructures existantes

ScoreDescription
0Nécessite de tout construire
1Infrastructure spécifique très lourde
2Infrastructures rares
3Peut utiliser certaines infrastructures existantes
4Se branche facilement aux infrastructures actuelles
5Dépend d’infrastructures déjà mondiales

#### Standardisation juridique / contractuelle

ScoreDescription
0Impossible à standardiser
1Très dépendant du droit local
2Standardisation difficile
3Standardisation partielle
4Facilement contractualisable
5Déjà compatible avec des formats juridiques globaux

#### Acceptabilité sociale

ScoreDescription
0Rejet massif probable
1Adoption très conflictuelle
2Adoption difficile
3Acceptation conditionnelle
4Adoption probable si bénéfice clair
5Adoption quasi automatique ou invisible

8.6. Verrous bloquants du SRL

ConditionEffet sur le SRL final
Infrastructure ≤ 1SRL final ≤ 4
Standardisation ≤ 1SRL final ≤ 5
Acceptabilité = 0SRL final ≤ 3

Le SRL final est le minimum entre le SRL brut et les plafonds éventuellement activés.

8.7. Labels SRL

SRLLabelSens
0Non réplicableCas impossible à reproduire
1Cas uniqueDépend d’un contexte très spécifique
2Réplication exceptionnellePossible seulement dans des conditions rares
3Réplication difficileBeaucoup de frictions
4Réplicable sous conditionsBesoin d’un contexte favorable
5Réplicable localementDiffusion limitée mais possible
6Scalable sectoriellementPeut se diffuser dans un secteur
7Scalable nationalementPeut devenir politique ou marché national
8Scalable transnationalementPeut traverser plusieurs pays
9Scalable massivementPropagation rapide et large
10Scalable nativementConçu pour se diffuser

9. Réversibilité du SRL et dynamiques de renversement

Le SRL n’est pas une progression monotone. Un mécanisme peut voir sa capacité de diffusion augmenter dans un contexte donné, puis reculer sous l’effet de scandales publics, de décisions de justice, de contre-mobilisations, de changements de régime ou de ruptures géopolitiques.

Un TRL élevé ou une base technique avancée ne garantissent donc pas un SRL durablement élevé. Une technologie peut être techniquement mature, mais devenir politiquement toxique, juridiquement bloquée, culturellement rejetée ou institutionnellement empêchée.

9.1. Facteurs de renversement possibles

  • scandales publics et chocs moraux ;
  • contentieux, jurisprudence et interdictions ;
  • mobilisations sociales ou professionnelles ;
  • changement de régime politique ou de doctrine administrative ;
  • effets secondaires ou catastrophes médiatisées ;
  • fragmentation géopolitique.

9.2. Conséquence méthodologique

L’évaluation d’un SRL doit toujours préciser :

  • s’il s’agit d’un état local ou généralisable ;
  • si la trajectoire est croissante, stable, oscillante ou décroissante ;
  • quels facteurs pourraient faire monter ou chuter le score.

10. Freins, verrous et niveau de confiance

10.1. Freins obligatoires

Pour éviter le biais spéculatif ou dystopique, chaque fiche doit documenter ce qui empêche encore la normalisation du mécanisme.

Freins à examiner :

  • juridique ;
  • technique ;
  • économique ;
  • social ;
  • politique ;
  • culturel ;
  • institutionnel.

Question de contrôle obligatoire :

> Qu’est-ce qui, dans le réel, empêche encore ce mécanisme de devenir normal ?

10.2. Contre-forces

Chaque analyse doit également identifier :

  • un contre-pouvoir ;
  • une résistance sociale ou professionnelle ;
  • une limite de marché ;
  • ou une incompatibilité structurelle.

10.3. Niveau de confiance

NiveauSens
FaibleCas peu documenté, données lacunaires, analogies fortes
MoyenDocumentation partielle, plusieurs indices convergents
FortCas bien documenté, mécanisme observable, preuves robustes

11. Fiche standard d’analyse

**Mécanisme :**

**Chapitre / corpus :**

**Description :**

**Acteurs :**

**Support :**

**Population cible :**

**Territoire / secteur :**

RRL

  • Base réelle :
  • Proximité fiction / réalité :
  • Conditions de bascule :
  • RRL brut :
  • Plafond appliqué :
  • RRL final :

SRL

  • Modularité :
  • Coût marginal :
  • Infrastructure existante :
  • Standardisation :
  • Acceptabilité :
  • Verrous activés :
  • SRL brut :
  • SRL final :

Trajectoire

  • Trajectoire SRL : croissante / stable / oscillante / décroissante
  • Facteurs de hausse :
  • Facteurs de chute :

Compléments

  • MRL :
  • Diffusion géographique : local / national / régional / mondial
  • Impact systémique : faible / moyen / fort / très fort
  • Freins actuels :
  • Contre-forces :
  • Niveau de confiance :
  • Sources principales :

Synthèse

  • Ce qui est déjà réel :
  • Ce qui reste fictionnel :
  • Ce qui peut basculer vite :
  • Ce qui empêche encore la normalisation :

12. Lecture croisée RRL / SRL / MRL

ConfigurationLecture
RRL élevé + SRL élevéMécanisme déjà installé et fortement propageable
RRL élevé + SRL faibleMécanisme réel mais peu réplicable à grande échelle
RRL moyen + SRL élevéZone critique : pas encore massivement réelle, mais structurellement prête à se diffuser
RRL faible + SRL élevéConcept encore peu ancré, mais potentiellement très réplicable si un premier cas s’impose
RRL moyen + MRL élevéLe marché est prêt avant que le mécanisme ne soit pleinement stabilisé

13. Usages : agent conversationnel et ateliers

Le couple RRL/SRL peut être mobilisé pour configurer un agent conversationnel d’assistance à l’analyse. Celui-ci peut guider la formulation des mécanismes, proposer une première lecture des dimensions, signaler les angles morts documentaires et produire des fiches comparables d’un cas à l’autre.

Le couple RRL/SRL peut également être transformé en cartes destinées à des ateliers. Chaque carte peut représenter un mécanisme, ses dimensions de scoring, ses freins, ses contre-forces et une question de discussion ou de simulation.

14. Limites et discussion

Le RRL et le SRL n’éliminent pas la part de jugement interprétatif inhérente à l’analyse de mécanismes complexes. Même lorsque les critères sont explicites, la notation dépend de la qualité des sources, du cadrage initial du mécanisme et du niveau d’expertise des évaluateurs.

Par ailleurs, les scores peuvent donner une impression de précision plus forte que ce que les données permettent réellement. C’est pourquoi la documentation des freins, la mention d’un niveau de confiance et l’usage collectif de la méthode sont essentiels.

Enfin, ces indices ne doivent pas être utilisés comme scores de risque autonomes, ni comme labels définitifs. Ils ont pour fonction principale d’organiser une enquête, de rendre des hypothèses comparables et de soutenir une discussion critique sur des mécanismes déjà partiellement présents dans le réel.

15. Références minimales

  • Nikos Smyrnaios, *Les GAFAM contre l’Internet. Une économie politique du numérique*, INA Éditions, 2017.
  • Conseil scientifique de l’éducation nationale, *Agents conversationnels en classe*.
  • Anthony Masure, *Design et humanités numériques*, B42, 2017.
  • Stéphane Vial, *Le design*, PUF, 2015.
  • Everett Rogers, *La diffusion des innovations*.

16. Formules courtes

  • RRL = ancrage
  • SRL = contagion structurelle
  • MRL = maturité marché

Ou, sous forme condensée :

  • ce qui existe ;
  • ce qui se propage ;
  • ce que le marché est prêt à absorber.

Formule générale

La fiction n’invente pas un autre monde. Elle assemble des fragments du nôtre jusqu’à rendre visible leur potentiel de normalisation et de propagation.